rien ne succède à rien
Celui-ci, aux yeux perméables,
pour ne pas laisser ses larmes rentrer en lui
a froisé ses paupières,
spectacle dès longtemps offert au non venir.
Ce bruit sur ses épaules l’empêche de m’atteindre.
( il ne m'attend pas).
J’aurais aimé le frôler. Cette proximité nouvelle qui me
requiert à chaque instant ; contacts, fussent-ils textiles,
mais doucement intimes, qui m’évaporent ;
l’atmosphère pâle
des vagues désirs.
Je me souviens d’avoir été toi déjà quand j’avais
le temps du retrait délicieux,
espérer à en avoir mal aux yeux la singularité
de nos domaines où se côtoie l’ordre
liquide
La pluie nous fait un oreiller, la plaie nous fuit,
l’ortie pousse un soupir lourd et parfois l’or
se donne à nous, comme un silence et regarde
tomber la neige et constate l’éloignement
du rivage.
De l’eau de l’encre noir quelques instants
de toi, les choses se rapportent à notre présence
faible maillon d’un grand vent de brouillard
je poursuis mes chemins nos gestes vont vieillir
s’aimer
la neige
Sous la neige tu attends
(quand marcher se fatigue)
tu te voudrais dalle de neige
tu ignores le bruit ignores
la nuit
d’autres en parleront
S’ignorer
la neige
Et ce vin
blanc comme mes larmes
comme ces femmes blanches ou noires
en jupons roses
dont le bruit lourd du taffetas
conduit les hommes s’ébrouer.
Il ne pleut plus
des gouttières font le trottoir
« la nudité me prend
comme une maladie »
il ne faudrait pas cesser d’aimer
les larmes de son corps
quand on les a
laissé couler
Je suis ignorante comme une meneuse
je m’attendais à ce qu’on vînt
me regarder pleurer
mon corps roulait sur le sol
comme un mouton sous un meuble
espérant le rat ou la souris curieuse.
Et tu ne t’en souviens plus
Il y a sur ma table un bouquet de tulipe roses et
au-dessus de moi une lanterne où mes silences grouillent
dehors le vent se consume
j’écris dans les limites de mon ombre
à force de fouiller la pénombre sans loi
je sens peser l’inconcevable
l’obstination de mes sens, qui visant le trouble bi-polaire
griffent leurs organes comme l’inutilité en soi noyée
Comme l’heure… Engloutissement de soi-même
Lové contre l’horizon le large trait d’encre grise efface
recouvre
l’inscription
il crée un vide nouveau
plus épais
palimpseste vers le blanc…
Ancre soi-même ancrée dans le désert d’écrire
L’homme ni sa parole ne survivant à cette pâle fertilité (rose tulipes)
Rien ne succède à rien
Genoux dans l’herbe nous irions.
L’herbe des mots. Que dire.
A genoux dans l’herbe nous dirions.
Il y avait près du livre un couteau. Pour couper les pages
Dans l’herbe nous lirions.
Et ce serait comme de s’étendre.
Sur les mots. Que dire.
Nous serons aussi couchés sur un lit.
Un couteau un lit un livre.
Et de l’herbe coupante.
Etre chacun soi-même ensemble.
Avec ses mots.
Nous aurions essayé
de reprendre au commencement.
Au commencement étaient un couteau, un lit un livre.
Et comme une beauté superflue qui nous séparait.
Le sentiment
de ne rien atteindre.
Ni lire le livre. Ni couper les pages.
Aller. Des taches d’encre aux genoux.
Un couteau comme de la musique.
Nous aurions dû nous taire.
Tu as dit : je me serais tu.
Tu avais les yeux fragiles.
Comme un livre ou comme de l’herbe. Que dire.
Je me serais tu.
Nous irions à genoux faucher l’herbe des mots.
Tu aurais pleuré sans dire pourquoi.
Souvent il s’agit de se raréfier
Nous nous taisions dans la couleur
Ni livre ni couteau.
La nuit vulnérable.
Mille présence aux yeux fermés.
Ne pas s’étendre.
Si je m’endors je suis perdu.
Les morts ont-ils des souvenirs (?)
à la fin ;
marcher, comme une conjugaison de marcher et de dormir ;
écrire, hélas, comme une conjugaison d’écrire et d’aimer ;
la nuit part d’un grand rire muet
nulle place pour la couleur,
la toilette des morts
et l’aube inévitable
_
Pure chemin de solitude. Traverser ce silence.
Surtout le laisser intact.
Il s’agit de reconstruire au-delà.
Comme mur pierre à pierre. Livre page à page.
La nuit
lieu inerte
règne du ciel
lieu de l’instant stable
lieu traversé par la mort
la nuit (je) ne parle jamais
J’écris comme le lierre
s’agrippe à ces murs
au-delà
un arbre noir-feuillé
disperse la nuit
il va, celui qui, même soutenu, ne peu penser qu’à sa souffrance
sur ses pas, les vitrines ferment les yeux
et rapportent son corps à la couleur du sol
que ce temps dit d’asphalte
il avance, indécis, car il ne lui es plus donné
parmi tant de détours de comprendre
ce qui se perd dans sa parole
il n’est plus que le désir d’aller
Celui qui marche ignore la pesanteur des choses
et le sol de son chemin il entend des bruits
qu’il ne sait pas nommer
S’ignorer, l pluie, la neige
Assis au milieu de la rue
tu pleures tout ton corps
goutte à gouttes
t’évaporant dans la nuit
tu parles de ces larmes
comme de ce poème dont tu ne
te souviens plus come de ce poème dont tu ne
te souviens plus (les vieilles personnes) je
sais que vous m’avez changé je parle de
mes larmes dont je ne me souviens plus cru parles de
ce vin comme de te larmes
Et tu ne t’en souviens plus
le récit est au présent
Nous avons tous en nous d’étranges vies
ce rêve au profond de mes chairs
comment y accéder le sommeil se ressemble.
Devant toute cette pluie écrire à gorge déployée
contre les pierres carrées qui bornent les chemins inévitables
et je rêvais d’un livre je l’ai peu aimée
je feignais de le croire attendant d’autres choses malgré tout
Parmi les pierres carrées des chemins
déjà j’avais eu peur, j’ai été quelque temps
très fragile tendre comme le petit étranglement
d’un rire
personne ne s’en souvient, que moi.
Je consigne ici l’ignorance
dont la racine devient un nom et dont la figure
se transforme en mémoire
Aller. Comme les tombes vont.
Tête basse (?).
Bien que je semble seule
perdu pour le silence de cette ville,
Je ne suis pas seule ;
il y a des fenêtres,
La neige à regarder tomber les mots et les amours
je suis en chemin vers le bas de mon appuie tête qui
d’une épaule
Les hommes fidèles dont le corps se dilate à la pluie ;
la neige me soulage et me rend parfois à ma présence
me relever marcher parler vulnérable vertige
les jambes nouées autour du cou je pèse
sur la neige en silence à regarder tomber
la neige,
Sous la neige tu attends
(quand marcher se fatigue)
tu te voudrais dalle de neige
tu ignores les bruit ignores
la nuit
d’autres en parleront.
Mener quelque conversation secrète
et l’absence exquise
c’est une autre histoire
redevenir question
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